Vous êtes chômeur ou chômiste (définition ici), soit un client régulier de l’ORP ?
Vous avez été subjugué par les aspects sympathiques de cette profession et avez trouvé en ce métier votre nouvelle passion ?
Vous avez dès lors franchi le pas et avez postulé au poste de conseiller ORP, en vain ?
La réponse à votre candidature en mains, vous désespérez, vous fourmillez de questions… ?
A défaut d’avoir pu obtenir une réponse (valable) quant aux motifs du rejet de votre candidature, voici quelques lignes pour tenter de comprendre cette politique de recrutement dédiée aux conseillers ORP.
Un rapport[1] consacré à l’influence des ORP sur la réinsertion des demandeurs d’emploi donne une réponse :
Sur les propriétés des conseillers en personnel qui pourraient jouer un rôle sur le processus de placement, par :
l’expérience professionnelle,
leur formation,
leur perfectionnement professionnel,
leur âge ou encore leur sexe.
Voici de manière résumée les résultats, lesquels prennent leur source via ce rapport cité plus.
Dans un but de rapidité, seuls sont retenus les critères le plus souvent admis lors d’un recrutement : l’expérience professionnelle, la formation, le sexe (si, si ca compte..) mais allons un peu plus loin en considérant la situation lorsqu’un conseiller en personnel aurait déjà connu le chômage, et si par cette «tendance» il est disposé à mieux comprendre la situation des chômeurs et donc d’être ainsi plus efficace.
PARTIE I
1- Sur l’expérience professionnelle ( donc de l’âge sera débattu, car une expérience accrue est logiquement synonyme d’âge plus avancé ).
Un conseiller ORP qui bénéficie d’une longue expérience professionnelle, donc qui est privilégié en termes de connaissances, est-il plus efficace en matière de réinsertion des demandeurs d’emploi. ?
Non. Toutefois, il a été démontré qu’une expérience préalable, supplémentaire, au sein d’un ORP avait des conséquences positives sur les chances de réinsertion.
De plus, si, avant de rejoindre un ORP, un conseiller a travaillé auprès d’une agence de placement privée ou d’un office communal de l’emploi, cela n’a aucun effet sur les chances de réinsertion des demandeurs d’emploi.
2- Sur l’âge : …..( Après 45 ans, oubliez, vous êtes inefficace ! )
Il est intéressant de relever qu’un âge plus avancé des conseillers en personnel ralentit la procédure de placement des demandeurs d’emploi. Toutefois, les chances de réinsertion des demandeurs d’emploi pris en charge par les conseillers en personnel augmentent avec une plus grande expérience.
Lors des sondages, les conseillers en personnel ont, en moyenne, travaillé un peu moins de six ans auprès d’un ORP. ( Et après, que sont-ils devenus ? ).
L’âge moyen des collaborateurs ORP est de 45 ans. Dans dix ORP, l’âge moyen est inférieur à 40 ans, tandis que dans 13 ORP, il se situe au-delà de 50 ans.
Les preuves empiriques relèvent qu’un âge moyen plus élevé pourrait plutôt ralentir le processus de placement des demandeurs d’emploi lorsque le niveau d’expérience demeure constant.
3- Sur l’expérience du chômage vécue par un conseiller ORP : (Contrairement à ce qui se pratiquait au lancement des ORP : Pas de chômeurs affectés au « traitement » du chômage des chômeurs !)
Lorsque ceux-là (les conseillers ORP) ont déjà connu l’expérience du chômage, ils parviennent à placer moins rapidement les demandeurs d’emploi que leurs collègues qui n’ont pas indiqué avoir été chômeurs. (un lien de sympathie est mis en cause indirectement..).
Les résultats indiquent que les ORP qui emploient un nombre relativement élevé de conseillers en personnel ayant fait l’expérience du chômage réintègrent plus lentement les demandeurs d‘emploi sur le marché du travail.
Donc, chômeurs et chômistes, abstenez vous !
4- Sur la formation : …..( Pas trop SVP ).
Est-il plus adéquat de bénéficier d’un diplôme universitaire ou d’une haute école pour être davantage efficace dans le placement des chômeurs ? Ou une formation spécifique au conseil est-elle plus appropriée ?
Non ! Les résultats de l’étude indiquent que les conseillers dotés d’une formation de conseiller en personnel avec brevet fédéral spécialisé parvenaient plus rapidement à intégrer les demandeurs d’emploi sur le marché du travail.
Ainsi donc, la thèse selon laquelle plus le niveau de formation des conseillers est élevée, plus ces derniers placent rapidement les chômeurs n’est pas valable. C’est le contraire qui s’affirme : Des effets négatifs sur l’emploi ont été relevés lorsque les conseillers bénéficiaient d’un diplôme universitaire ou d’une haute école.
Le fait de relever le niveau de formation des conseillers en personnel s’accompagne d’effets négatifs sur l’emploi.
«En ce qui concerne la politique à suivre en matière de personnel, il est ainsi recommandé de choisir des candidats plus jeunes et sans licence universitaire ni diplôme de haute école et de les former dans les meilleurs délais. » [2]
Au niveau individuel, une formation formelle plus poussée s’avère avoir des conséquences négatives sur le taux de réussite des conseillers en placement en matière de réinsertion.
Les données confirment que le fait d’être au bénéfice d’une formation universitaire ou d’une école spécialisée représentait plutôt un obstacle pour l’efficacité du placement.
4.1- Sur le brevet fédéral de conseiller en personnel ….. ( la panacée, semble t-il ).
Des preuves empiriques évidentes révèlent que, grâce au brevet fédéral de conseiller en personnel, les demandeurs d’emploi parviennent à réintégrer plus rapidement le marché du travail. On tiendra également compte de l’ampleur de l’effet, qui confirme que la formation conseiller en personnel avec brevet fédéral améliore sensiblement l’efficacité en termes de placement..
S’agissant du sexe, à savoir la mixité ou du caractère hétéro du couple demandeur d’emploi / conseiller ORP : selon l’étude, aucun effet positif n’a pu être constaté.
CONCLUSIONS :
VOUS NE SEREZ JAMAIS CONSEILLER ORP : Si vous avez la quarantaine, voire au-delà, si vous êtes universitaire, si vous êtes chômeur ou si vous l’avez été.
« En outre, le fait que les conseillers en personnel aient eux-mêmes déjà fait l’expérience du chômage peut jouer un rôle. Cela peut en effet avoir des conséquences sur la compréhension et la sympathie manifestées à l’égard des chômeurs et, partant, influencer la procédure de placement. » [3]
VOUS POUVEZ PRÉTENDRE A LA FONCTION DE CONSEILLER ORP : Si vous êtes jeune, Si vous n’êtes pas universitaire, Si vous détenez le brevet fédéral de conseiller en personnel[4], Si vous n’êtes pas chômeur ou ne l’avez jamais été par le passé.
PARTIE II
Cette question sur les motifs de rejet de votre candidature résolue, abordons très rapidement un thème sensible : les MMT (mesures de marché du travail).
Ci-dessous vous trouverez un extrait des conclusions d’une étude[5] du SECO sur l’évaluation économétrique des MMT. Même si certains auteurs/chercheurs sont en contradiction (partielle), les avis de M. Gerfin, M. Lechner et de M. Prey sont ici particulièrement intéressants.
Extraits : Evaluation économétrique des mesures de marché du travail ( SECO ) (2). ( Gerfin et Lechner 2002 )
1- Le gain intermédiaire est la seule mesure qui accroisse les chances de trouver un emploi en comparaison d’une non-participation.
2- Le gain intermédiaire se révèle particulièrement efficace chez les chômeurs de longue durée, les chômeurs peu qualifiés ou difficiles à placer. (Cette dernière caractéristique est relevée par les conseillers en personnel, par jugement personnel s’appuyant sur des « facteurs souples» comme la présentation, la motivation, etc.). Pour les chômeurs faciles à placer, le gain intermédiaire est inefficace.
3- La participation à un programme de base, un cours de langue, un programme d’emploi temporaire public ou privé diminue les chances de réinsertion comparativement à une non-participation.
4- S’agissant des cours d’informatique, de perfectionnement professionnel et autres cours, l’étude ne décèle pas d’effet significatif.
Extraits : Impact des mesures … ( SECO ) (2). ( H Prey – FAA Uni St Gallen ).
Questions sur :
Q1. les cours de clarification des aptitudes et de technique de candidature
Q2. les cours de langue orale et écrite pour chômeurs de langue étrangère
Q3. les cours d’informatique
Les cours Q2 ont un effet positif manifeste sur les chances de réinsertion,
les cours Q1 et Q3 un effet négatif manifeste.
Si l’on considère l’ensemble des trois cours Q1, Q2, Q3, les effets sont nettement négatifs.
Enfin, un mot rapide sur ces bénéfiques ETS, Emplois Temporaires Subventionnés :
Pour être efficaces les ETS ou PET (nouvelle dénomination) se doivent d’être conçus de manière aussi peu attrayante que possible, ce dans le but d’inciter les demandeurs d’emploi à les quitter au plus vite pour un emploi.
« L’affectation à des programmes d’emploi temporaire est souvent liée à des résultats positifs sur l’emploi, lesquels ne reflètent probablement pas l’effet propre des programmes. Il semblerait plutôt qu’un « effet de menace ou de contrôle » soit davantage déterminant. Cette interprétation possible aurait comme conséquence que les programmes d’emploi temporaire devraient être conçus de manière aussi peu attrayante que possible, ce dans le but d’inciter les demandeurs d’emploi à les quitter au plus vite pour un emploi. Il serait alors nécessaire de maintenir les coûts d’une journée de mesure aussi faibles que possible et de repenser le caractère fonctionnel de la partie portant sur la formation et les qualifications des programmes d’emploi temporaire » [6]
A méditer lors de votre prochaine assignation à un ETS ou PET.
[1] Influence des ORP sur la réinsertion des demandeurs d’emploi – Février 2007. Etude mandatée par la commission de surveillance du fonds de compensation de l’assurance-chômage, effectuée par SIAW (HSG) –Université St Gallen.
[2] Ibid. (même source que précité). p. 183
[3] Ibid. (même source que précité) p. 135
[4] Le brevet fédéral de conseiller en personnel non seulement exige du temps (environ 50 jours) mais également coûte une certaine somme (environ CHF 11’000) (page 137 du rapport )
[5] Évaluation et utilisation des mesures du marché du travail – Novembre 2002
[6] Idem que note (1). p. 194